Association Française de Chirurgie du Pied : Information sur les prothèses de cheville

Une importante polémique s'est développée, à propos des prothèses de cheville.
L'AFCP tient à apporter les précisions suivantes :
La destruction d'une articulation, quelle qu'en soit l'origine (arthrose, traumatisme, rhumatisme etc.) entraine avec le temps, des douleurs et une gène si importante qu'elle peut finir, pour les articulations du membre inférieur, par confiner le malade au fauteuil.
La médecine a de tout temps essayé de trouver une solution pour soulager ces malades. Depuis le milieu du 20ème siècle, les chirurgiens ont mis au point des prothèses articulaires pour remplacer les articulations.
Cette mise au point a été progressive et semée d'embuches et il y a toujours eu pendant ces périodes, divers problèmes. Il suffit pour s'en convaincre de consulter la littérature médicale pour constater qu'il y a eu des séries de prothèses à évolution catastrophiques au niveau de toutes les articulations, contraignant les malades à des reprises douloureuses et parfois génératrices de séquelles.
Actuellement les prothèses de la hanche et du genou sont parvenues à un certain degré de maturité, laissant espérer des taux de succès de plus de 95 % après 10 ans.
La cheville est une articulation particulière, et, sa prothèse de conception beaucoup plus récente. La mécanique articulaire de la cheville est complexe, et soumise à des contraintes extrêmement importantes.
Jusqu'à une période récente la seule solution pour soulager les malades, quand la cheville était détruite, était de la bloquer (arthrodèse). Cela procure l'indolence au malade, au prix d'une certaine gêne, notamment à la marche en tout terrain, à la course, dans les escaliers, et d'une sollicitation excessive des articulations sus et sous jacentes.
L'arthrodèse garde cependant toute sa valeur, à l'heure actuelle, en particulier pour des patients jeunes à forte demande fonctionnelle ; elle a encore la préférence pour beaucoup de chirurgiens.
Pour améliorer, de façon nécessaire, les performances fonctionnelles de la marche et à la demande des malades, le concept d'arthroplastie prothétique de la cheville est devenu irremplaçable et majeur car il permet de conserver le mouvement de la cheville tout en supprimant la douleur. L'implantation d'une prothèse de cheville est, d'indication et de technique, difficile
Les équipes chirurgicales qui mettent au point ces prothèses, avec la collaboration de firmes industrielles, le font sous le contrôle de la Haute autorité de la Santé (HAS) et de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de sante (AFSSAPS). Ils contrôlent eux même en permanence leurs résultats.
Pour cela, ils examinent leurs malades à intervalles réguliers en regardant avec beaucoup d'attention les radiographies des patients pour vérifier que l'ancrage des prothèses dans l'os est solide et qu'elles ne bougent pas.
Il y a actuellement quatre modèles de prothèse de cheville qui ont l'autorisation de commercialisation en France. Elles sont toutes étudiées avec une grande assiduité par les équipes qui les utilisent.
Dans le cadre de ces études, le Docteur Jean-Luc BESSE, chirurgien orthopédiste des hôpitaux universitaires de Lyon, pratiquant de manière exclusive la chirurgie du pied et de la cheville depuis longtemps, ancien co-modérateur de la table ronde sur le résultat des prothèses de cheville présenté lors du congrès annuelle de l'AFCP en 2006, a étudié d'une manière rigoureuse (étude dite prospective) une de ces quatre prothèses.
Cette publication, faite à Lyon lors de la journée de Printemps de l'AFCP en juin 2008, a montré que certains problèmes n'étaient pas résolus (résultats fonctionnels comparables aux autres séries de prothèses - résultats radiologiques montrant un taux élevé de résorption osseuse autour de la prothèse). Il s'agit, pour l'instant et à notre connaissance, de la seule publication française sur ce type précis de prothèse.
Dans le même temps, le distributeur de la prothèse étudiée dans cette publication, a décidé, seul, de suspendre la distribution au nom du principe de précaution.
Il résulte de cette situation que, pour l'instant, il n'y a plus en France que trois prothèses de cheville à la disposition des chirurgiens. Il est donc encore possible quand cela est utile de se faire poser une prothèse de cheville dans notre pays.
Il faut néanmoins insister sur le fait que, comme toutes mises en place de prothèses articulaires, la prothèse de cheville est une intervention qui n'est pas dénuée de risque. Son implantation ne devra être décidée qu'après mure réflexion et après avoir discuté plusieurs fois des bénéfices et des risques de celle ci, avec le chirurgien qui effectuera l'intervention.
Enfin nous nous devons d'insister sur le fait qu'une prothèse de cheville, mise en place chez un sujet jeune par exemple pour des séquelles de fracture, ne saurait être considérée comme une intervention définitive car nous ne connaissons pas d'une manière certaine le devenir au long court des prothèses de cheville (au delà de cinq ans). Toutefois les échecs de prothèses de cheville peuvent toujours être réparés par une arthrodèse, de réalisation pas toujours aisée.

Docteur Michel Maestro
Président de l' AFCP


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